http://www.lapresse.tn/pdf/selection_pdf/2008-09-30_pr.pdf (page 10)
Article publié par La Presse (premier quotidien de Tunisie) du mardi 30 septembre 2008
Présence des arts
Galerie Ikoo – «Transmutation»
Lilia D. : transformer le plomb en or
Khfif : une litote qui éveille en nous tout un pan oublié de notre culture populaire. Des assemblées de femmes dans des arrière-salles obscures, à la frange de la clandestinité, des rires inquiets, des sourires d’espoir.
Et l’officiante, que l’on pare de tous les pouvoirs, maîtresse de cérémonie, attise le feu, fait fondre le plomb, le verse incandescent et, à travers les formes que l’eau lui donne, annonce un avenir pas toujours rose.Pourquoi le plomb qui, dans sa symbolique ne peut être que pesant, est-il détourné dans notre vocabulaire pour se parer de légèreté – Khfif –, peut-être pour exorciser le poids du malheur, alléger les peines, annoncer des lendemains qui chantent.Lilia D. a été fascinée, petite-fille, par ces rituels de femmes, et a voulu les revisiter à travers son regard d’artiste.Avec, quelque part, un autre souvenir de légende : celui de ces alchimistes fous qui cherchaient à transformer le plomb en or, et le vil métal en trésor.«Cette approche plastique porte sur le corps rituel… Cependant, dans mon travail, le rite d’origine a fait l’objet d’un détournement radical. Le rituel de divination, somme toute, fermé et figé, comme c’est le cas pour tout ritualisme, se trouve transformé en un acte de création, ouvert sur d’infinies possibilités artistiques… Il ne s’agit donc pas d’une voyance magique, inerte, mais bien d’une vision artistique, esthétique, ouverte, dynamique et engagée dans un processus de création vivant.Il s’agirait en quelque sorte pour moi de transmuter plastiquement le plomb en or».Pour développer cette démarche, elle emprunte plusieurs supports : la vidéo, car en matière d’art contemporain, il semblerait qu’il ne puisse plus y avoir d’exposition sans vidéo qui illustre, explique ou stylise la démarche ; la photo qui transforme le plomb fondu en or par une alchimie artistique de pierre philosophale.Et la peinture qui vient rehausser, corriger, ordonner et organiser le hasard de la divination. La magie blanche récupérée, réinvestie symboliquement donne à cette démarche un ancrage dans la spiritualité.Elle a recherché les multiples interprétations du plomb fondu. Elle les a retrouvées à travers toutes les religions, musulmane, chrétienne ou judaïque.Jouant sur les symboles, elle offre sa contribution.Lilia D. et le plomb fondu sont les hôtes de la galerie Ikoo qu’anime Khédija Hamdi.Une galerie qui se veut ouverte aux jeunes créateurs et offerte aux jeunes collectionneurs.
Alya H.
mardi 30 septembre 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire